Les Caractères de la politique genevoise

Commençons par un peu d'humour et d'autodérision avec l'image de ce cosmonaute à la dérive qui a pour but de planter le décor. Si ma relative défaite aux municipales du 15 mars me laisse il est vrai un goût amer, comme éjecté d'une fusée en vol, elle m'a donné l'occasion d'une introspection et d'une analyse a posteriori, les yeux dans les étoiles, des enseignements sur l'univers de ce début de parcours politique.

Dans ce billet, je vous propose donc un petit bilan après ma première expérience concrète en politique.

Des Genevois et de la politique

Le premier élément qui m'a frappé est que les Genevois se fichent totalement de la politique locale. En effet, si on se vante souvent en Suisse de ne pas connaître ses politiciens le niveau inférieur, le communal, atteint des sommets en la matière. Les citoyens ne savent pas qui nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous proposons, et ça ne les intéresse pas du tout! 

D'une part, cela se vérifie statistiquement via le taux de participation qui atteint à peine les 33% lors de cette élection. Par conséquent, il faut reconnaître que la politique est de moins en moins considérée comme un devoir par les citoyens, et que la communication à ce sujet devient laborieuse à mesure que l'intérêt et le lien de confiance s'estompe. Dès lors, aujourd'hui, une minorité des électeurs élit ses représentants en se basant sur des a priori, ou encore des critères totalement arbitraires et subjectifs ce qui résulte dans l'introduction aux offices de politiciens dont on suppose les compétences. 

D'autre part, on le remarque au moment de distribuer un discours, des flyers ou des goodies, pourtant gratuits, devant les supermarchés; on subit les refus souvent, les insultes parfois et l'on convainc que très rarement. De façon prépondérante, on ressent surtout la gêne. Ceux qui s'arrêtent pour discuter sont presque toujours des partisans, mais pour la majorité des passants on les dérange au mauvais moment. Il nous le font savoir poliment en changeant de trottoir à vue et en évitant le contact du regard. Dans toutes ces hypothèses, on est jugé sur pied et il est extrêmement difficile de convaincre un badaud dont la seule vue d'un blouson de parti suffit à son intérêt pour déterminer l'ordre des idées. En bref, passer son dimanche matin posté devant un supermarché donne l'impression d'être un vendeur de timbre à l'ère du email. 

De la politique genevoise

Sur cette thématique, je discuterais de deux aspects en particuliers.

Le premier est l'incapacité de la droite à convaincre les électeurs sur la thématique écologique. En effet, le succès des Verts le prouve, les partis de droites sont vus comme responsables de la pollution et diabolisés à dessein en tant que tel. Plus grave encore, nous ne sommes pas crédible aux yeux du quidam.

Le souvenir d'un passant, un architecte bien habillé de Champel me revient, il me disait n'avoir aucune affinité avec les Verts mais avoir voté pourtant pour cette liste afin de "faire bouger les choses". Loin d'être le seul cas à avoir croisé mon chemin, il est emblématique du fait que la droite perd un électorat qui lui est pourtant fondamentalement acquis. 

Le second point concerne l'incapacité de la droite à s'allier au sein d'un bloc de raison à des moments clés. Il existe de nombreux exemples contemporains et passés de cette problématique. On remarque que cette défaillance est fatale pour la droite qui forme une minorité au sein du législatif et de l'exécutif. Les raisons sont connues et riment avec égo et carriérisme, mais je n'en parlerai pas ici.

Cette incapacité est d'autant plus grave que la gauche, en plus d'être majoritaire, ne souffre pas d'une telle mésentente, au contraire. Au travers d'un procédé que l'on pourrait comparer à celui que les stratèges militaires appellent la "défaite dans le détail", à savoir vaincre un ennemi en le divisant d'abord puis en le combattant séparément ensuite, la gauche s'arroge au final une victoire sur les partis de droite qui souffrent de devenir sous-représentés.

Des politiciens genevois

Le premier aspect est de dire qu'on se rend vite compte qu'il existe de bonnes idées et de la bonne volonté chez la plupart des individus de tous bords politiques. La différence à l'interne entre les individus se situe surtout dans le niveau de professionnalisme des uns par rapports aux autres. Qui connait les dossiers? Qui possède une expertise? Qui a des compétences sociales? Et qui est simplement content de manger des petits-fours?

En effet, dans quelque parti que l'on regarde on y trouve des candidats très divers. J'ai voulu en dessiner au moins les Caractères suivants.

En premier, certains peuvent être désignés comme des meubles. Ils sont dans la politique par habitudes depuis toujours et savent qu'ils seront réélus, raison pour laquelle ils restent à moitié effacés et ne sont menaçants envers personne. Convaincus que les anciennes recettes marcheront toujours ils servent toujours la même soupe et n'apportent jamais rien de nouveau sur la table.

En deuxième, il y a les novices. Certains apparaissent tels des papillons attirés par la lumière. D'autres sont là pour des raisons extérieures à la politique plus sérieuses, comme de pouvoir se constituer un réseau; beaucoup sont des suiveurs obséquieux. D'autres encore sont des ambitieux prétentieux, ou encore des naïfs mûs par des idéaux propres très nébuleux, et pour eux-mêmes d'abord. Au sein de toutes ces catégories, tous jouent un rôle et sont nécessairement des hypocrites à leur façon.

Au final, ils font parties de la sauvegarde des apparences. Souvent timide, parfois impétueux, l'immense majorité regarde la politique avec des yeux de cocker et tombera dans l'oubli une fois les élections passées. En définitive, ce qui les différencie sur la ligne d'arrivée c'est le réseau personnel et les appuis à l'interne auprès des pilliers des partis en place. Pourtant, appuyés ou non, sans bilan politique et sans connaissance de terrain, inexpérimentés, ils souffrent de handicaps majeurs.   

Enfin, en troisième, il y a les ambitieux et les chevronnés. Ils sont dans le sérail depuis un moment déjà et l'on peut presque les considérer comme des professionnels. Passés maîtres dans l'art de l'arnaque ils savent qui joue dans quel camp et connaissent leurs objectifs. Ce ne sont généralement pas des passionnés. Ils regardent la politique comme n'importe quel autre business et délaissent d'autant plus facilement leurs professions, souvent non-chronophage, qu'elle n'offre généralement pas des perspectives attrayantes; ainsi ils trouvent dans le statut de politicien la réalisation sociale qu'ils n'atteignent pas via leur métier.

Sans la politique, ils ne seraient rien ni personne et cela les hante. Ils évoluent au sein de clubs fermés, véritables paniers de crabes à plafond de verre où certains novices sélectionnés par intérêt peuvent prétendre. Rarement visionnaire, leur credo est bien huilé: maintenir une apparence, faire ce qui marche, promettre, et bien sûr ne rien changer. 

Crédit image: Photo by NASA on Unsplash

Commentaires

  • L'indifférence d'une part grandissante de la population au monde politique a de multiples causes. L'une d'entre elles est la déconnection, due en partie à de l'ignorance par manque d'éducation civique et en partie a de la paresse intellectuelle dont je ne me permettrai pas de tenter un historique prétentieux, déconnection donc des classes dirigeantes et de la population. Les longues carrières politiques, les fiefs électoraux, le clientélisme, tout le folklore sclérosé des élections et votations ont peu à peu réduit l'image de la politique a un jeu d'initiés, une partie de poker menteur.

    Trois modifications du train-train politique helvétique sont les seules qui me redonneront envie de participer à nouveau pleinement à cette structure de base d'une vie libre et démocratique.

    Primo :

    Mise sur la place publique, à disposition de tous, de l'intégralité des financements des partis et des scrutins.

    Sans la moindre tentative de perpétuer ce grotesque jeu de cache-cache, indigne d'une nation qui se veut civilisée, par des amendements dilatoires.

    Secundo :

    Obligation permanente de participer aux élections et votations. A l'échelle des communes, des cantons et de la Confédération.

    Il est absurde d'obliger toute la population à payer des impôts sans lui permettre de comprendre que l'utilisation de ces impôts dépend de ses choix aux votations et aux élections.

    Tertio :

    Si lors d'une élection ou d'une votation, plus de 50% des bulletins sont blancs et nuls, alors on remet la compresse en cherchant à comprendre le pourquoi de cette désaffection momentanée.

    Jusqu'à obtenir des participations dignes d'une institution démocratique par des efforts renouvellés d'explication, d'échange et de présentation à la portée de toutes et tous.

    Plus que jamais, l'imagination au pouvoir pour avoir l'ordre sans le pouvoir. Sinon rien, la routine, injustice pour tous.

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