La technologie blockchain pour améliorer le déficit démocratique post-élection?

Problématiques initiales

Le vote démocratique est l’un des aspects incontournables de l’état de droit dans le monde et a fortiori en Suisse. Dans la plupart des civilisations modernes, la conception d’une société juste et équitable repose intimement sur la possibilité que tout un chacun puisse faire valoir sa voix au chapitre afin de mener à bien collégialement, légitimement et sereinement les affaires de la cité.

La politique soulève des questions de sociétés complexes. On l’observe au travers du flux important d’informations et des batailles d’experts discordants sur un même sujet. En outre, la complexité des questions contribue à cette coupure progressive entre la vie politique et celui qu’elle concerne : le citoyen. De sorte qu’aujourd’hui, le nombre d’objets votés par lui– notamment en Suisse - est en hausse constante, alors que le taux de participation est de moins en moins élevé.

La formation de l’opinion requière un investissement en temps important. En Suisse, il s’effectue généralement sur des espaces neutres, voir aseptisés, au travers des canaux officiels ou au sein des contre-pouvoirs avec des penseurs, politiciens ou experts sélectionnés par les médias eux-mêmes.

Les opinions d’un électeur, par exemple sur un candidat-politicien à l’occasion d’une élection, sont souvent au pire irrationnels et basées sur son impression générale, prétendue ou encore la beauté; et au mieux ces opinions se basent sur les idées souvent volontairement vague du programme du candidat. Par conséquent, il est difficile de savoir pour qui on vote avant de voir la personne en place. Dans le même temps, on peut observer que les réseaux sociaux sont devenus des espaces importants d’expressions pour les politiques. En définitive, les outils démocratiques officiels, comme le vote, en tant que tel reste peu digitalisés, notamment pour des raisons de contrôle et de sécurité.

Ensuite, la légitimité démocratique des politiciens repose la plupart du temps sur un résultat direct d’une élection concernant un mandat sur le temps long. Le plus souvent, le score obtenu sert à justifier la politique du candidat sur l’ensemble de son mandat et de ses décisions. En effet, il n’existe pas d’outil qui puisse efficacement guider la vie politique à grande ou petite échelle, voir les comportements des élus post-élection. Dans le même temps, le citoyen subit et remarque beaucoup plus les effets de la politique locale que ceux de la politique globale.

Par conséquent, le système fait qu’aujourd’hui les politiciens élus peuvent justifier leurs comportements et leurs décisions sur des éléments rationnels, comme des statistiques, pour parler en continu au nom de leurs électeurs. Mais, le plus souvent, ils se baseront sur des éléments moins palpables comme le sentiment immédiat qu’ils pensent que la population pourrait avoir sur un sujet. D’autre part, certains acteurs non-élus importants dans la formation de l’opinion, comme les experts par exemple, ne possèdent pas toujours de canaux neutres et efficaces pour faire ressortir un avis qui pourrait ensuite être endossé par l’opinion publique.

Dernièrement, on voit aujourd’hui de nouveaux outils informatiques qui permettraient d’apporter un nouvel élan à la démocratie et à la formation de l’opinion. En premier lieu, la puissance des réseaux sociaux en tant qu’outil démocratique des citoyens est sous-utilisée en Suisse, à une époque où le citoyen utilise journalièrement le digital. En second lieu, on mentionnera la technologie de registres distribués qui permet la mise en place de protocoles qui permettent la confiance. A ce sujet, on rappellera qu’en Suisse, nous bénéficions d’un environnement privilégié pour cette technologie au vue des diverses initiatives dans le canton de Zoug, Schaffhouse grâce à des entreprises comme Procivis.

En somme, les processus démocratiques sont encore actuellement très archaïques. Par exemple, la loi requière, pour des raisons valables et compréhensibles, une inscription manuscrite pour signer une pétition, un référendum ou une enveloppe de vote. Ces exigences se marient mal avec l’ère dans laquelle nous vivons. Dans la vie pratique, cette situation a pour résultat que l’on doit déployer de nombreux efforts et moyens afin d’arrêter dans la rue un citoyen qui n’a pas de temps, pour réfléchir à des sujets complexes qui le concerne souvent de loin.

Une solution possible

Si je suis élu au Conseil Municipal le 15 mars prochain, je m'engage à mettre en place et tester un système de sondage permettant des Etats Généraux digitaux. L'idée serait de créer un mécanisme de vote démocratique informel, ouvert à tout citoyen, rapide, et dont l’utilisation apportera la légitimité d’une signature avec pour l'utilisateur la simplicité d’un like sur les réseaux sociaux.

Le système utiliserait la technologie blockchain afin d’offrir un outil rapide, efficace et économe pour que tout un chacun puisse soumettre et obtenir un avis sur une idée ou une problématique. Le système pourrait permettre aux politiciens de soumettre aux citoyens des scrutins afin que ces derniers puissent donner un avis ponctuel ou régulier sur des sujets, locaux comme nationaux, ou qui ne concerne pas une grande partie de la population. Le résultat du scrutin permettrait de déterminer une opinion tout en bénéficiant d’une sécurité et d’un anonymat absolu.

Ce système permettrait de réparer les problématiques posées ci-dessus et de synchroniser doucement notre époque avec les technologies actuelles. Cela permettrait de créer un espace de débat pour des sujets complexes, une vérification de la légitimité d’une idée en générale ou de recueillir un avis post-élection.

Affaire à suivre!

 

 

 

Image: Photo by Martin Shreder on Unsplash

Commentaires

  • Sauf que...
    La véritable révolution que nous propose la blockchain dans ce domaine c'est la démocratie liquide qui justement permet de faire l'impasse sur l'échelon législatif pour lequel vous vous engagez.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Démocratie_liquide

    Mais vous avez raison de mentionner la sous utilisation des outils déjà disponibles qui permettraient un monitoring en temps réel des actions des députés et autres conseillers municipaux afin de vérifier la corrélation avec les promesses de campagne et le véritable positionnement d'un élu au sein de sa formation.

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