Un avis sur la question de l’écologie et du libéralisme (2/2)

Dans ce second article sur cette thématique, nous continuons notre analyse sur la question du libéralisme et de l’écologie.

Comment les libéraux actuels peuvent influencer la politique écologique ?

Tout d’abord en prenant des engagements formels, et c’est ce que le PLR a décidé de faire notamment le 22 juin 2019 dernier. Le Parti, d’habitude proche des milieux économiques et soutenant des positions traditionnelles, a même récemment proposé une idée contre-nature sous la forme d’une « taxe » sur le prix des billets d’avion afin de dissuader l’usage de ce transport polluant.

Ensuite, et plus concrètement, l’influence porte dans le choix que l’électeur peut prendre au sein de la palette des solutions proposées. Nous estimons qu’on peut résumer la gamme par rapport à l’écologie entre les choix politiques suivants : (1) Eduquer et agir sur le consommateur-citoyen de produits polluants (2) Agir sur les acteurs liés à des produits polluants par le biais de régulations nationales ou internationales (3) Laisser les acteurs s’autoréguler.

La première solution apparaît de prime abord comme typiquement libérale, mais elle pose des problèmes significatifs. Premièrement, l’éducation d’une majorité de citoyens prendrait beaucoup de temps, ce qui est incompatible au vue de l’urgence climatique. D’autres mesures, par exemple comme l’action sur le consommateur via l’augmentation du prix des billets se révèlent iniques, car elles créent une inégalité insupportable qui réduit la liberté de l’individu en fonction de sa seule capacité économique. Ensuite, cette solution n’apparaît pas comme efficace, car on ne peut pas attendre des individu-consommateurs qu’ils atteignent un niveau d’expertise suffisant, ni qu’ils fassent volontairement le choix de revoir drastiquement leurs préférences de consommations. En effet, la plupart des individus ne font généralement pas facilement des efforts aux dépens de leurs habitudes ou de leur train de vie. Par conséquent, c’est l’offre des solutions proposées à l’individu qui doit évoluer afin de devenir écologiquement acceptable.

La deuxième solution, celle d’agir sur les acteurs de l’industrie, apparaît de visu comme anti-libérale car elle présuppose la défaite de l’autorégulation des privés et l’augmentation des pouvoirs de l’Etat. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui les solutions venant du secteur privé manquent d’efficacité, et que les sociétés de capitaux ne possèdent pas de raisons sérieuses pour en développer de meilleures dans un délai raisonnable. Ce constat logique découle du but des sociétés de capitaux, qui ne reposent pas sur un but idéologique – bien que dès lors qu’elles sont gouvernées par des individus elles n’en sont pas dépourvues – mais sur un but économique. Partant, la raison d’être des sociétés et leur concurrence entre elles forcent l’écologie à être économiquement rentable, soit en terme de chiffre d’affaire soit d’image de marque. Par exemple, si la plupart des modèles économiques qui prolifèrent, comme le bio, les labels de qualités écologiques, ou les « green bonds » dans la finance sont la preuve indubitable que l’on peut rentabiliser la culpabilité écologique, ils n’existent que tant que le filon reste rentable. En passant, on peut remarquer et déplorer que, même au sein des offres « écolo’ » un manque de cohérences écologique existe, comme l’offre de fruits libellés Bio de provenance lointaine. En définitive, en terme de pesée des intérêts, la liberté économique des entreprises ne peut pas se faire au détriment d’intérêts individuels aussi important que la détérioration du seul et unique habitat de l’humanité. Sans oublier par ailleurs, que des solutions du type « habiter sur Mars » ou « Miracle technologique de l’an 2050 » sont simplement inenvisageables ou fortement improbable.

La troisième solution, soit l’autorégulation, apparaît comme une solution libérale. Toutefois, comme exposé ci-dessus, les entreprises n’ont que peu d’intérêt à prendre les mesures efficaces drastiques qui devraient s’imposer au vue de la situation climatique urgente. Cette solution est toutefois optimale dans le sens où la régulation d’une industrie par l’Etat n’est jamais vraiment idéale car ce dernier n’est pas le spécialiste du domaine économique. De plus, le fait que le problème écologique se pose à l’échelle internationale engendre une distorsion, par exemple dans la capacité des petites entreprises d’élaborer des standards face à des multinationales. En outre, les normes et standards édictés par des sociétés de capitaux ne bénéficient pas, à l’opposé de la loi d’un Etat, ni de la légitimité ni des garanties démocratiques.

Alors quelles solutions choisir ?

Selon nous, les trois solutions doivent être explorées. En premier lieu, l’éducation des citoyens est primordiale car elle permet d’enseigner aux individus à appliquer les bons choix pour eux-mêmes. Toutefois, le poids du succès de la politique écologique ne peut pas reposer sur eux seuls. En effet, les acteurs qui ont le pouvoir de faire le plus la différence à moyen-court termes sont les entreprises, car elles créent l’offre pour les citoyens. Partant, nous sommes en faveur de la création de loi-cadre sur l’écologie et de mesures telles que la fixation d’objectifs sectoriels par l’Etat. Toutefois, les entreprises devraient pouvoir participer à l’élaboration de ces lois et choisir les moyens d’atteindre ces objectifs. En particuliers, l’effet de l’effort écologique devrait être pensé de sorte à ne pas favoriser de grandes entreprises face à des PME.

Par ailleurs, notons que la régulation et l’action de l’Etat peut servir à la création de nouveaux modèles économiques. Plus précisément, nous sommes d’avis que la régulation, en rendant certains modèles polluants inintéressants d’un point de vue économique ou par interdiction, pourront permettre l’essor de nouveaux modèles écologiquement acceptables. Pour prendre un exemple simple et concret, si demain la distribution de sacs plastiques dans les magasins devait être complètement interdite par la loi, on peut imaginer que des entrepreneurs se lanceraient dans la vente et le recyclage de sacs en carton à cet effet. Enfin, nous estimons que l’effort écologique doit être vu comme une opportunité pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Après tout, le recyclage ne permet-il pas la mise à disposition d’une matière première précieuse à bas prix pour tout entrepreneur qui saurait quoi en faire ?

Pourquoi voter PLR plutôt que Verts sur ces enjeux écologiques ?

En guise de conclusion, j’aimerais exposer pourquoi à mon avis il fait sens de développer une politique écologique chez les PLR et pas ailleurs. Tout d’abord, on l’a vu, le PLR est un parti qui s’adapte et qui repose sur une longue tradition de pensée qui a permis le développement des libertés individuelles. Ensuite, ce Parti a les moyens de faire bouger les choses au vue de la proximité qu’il a avec les milieux à réformer.

Enfin, la raison principale est que des partis tels que les Verts ou les Verts-libéraux, ne sont que des Bernard l’Hermite de la politique. En effet, ces partis ont su profiter d’un momentumpour sauter dans une coquille vide qui est la thématique écologique. Cependant, dans un futur proche, l’ensemble de l’offre politique deviendra verte du fait que notamment, comme le disait Pierre Rabhi, « l’écologie doit être une conscience et pas un parti politique ». Par conséquent, leur particularité d’aujourd’hui ne le sera plus demain. Il ne restera que des extrêmes. Les idées resteront mais le parti disparaîtra, ce sera une victoire dans leur défaite. Fort de cette perspective, le PLR forme un parti solide et réactif pour répondre à ces enjeux dans la perpétuité.

 

Crédit image: https://www.instagram.com/laurentnaville/

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